Aucun rapport avec la suite mais c'est un vieux jeu de mots laid qui me réjouit de longue date et qui m'est revenu en tête aujourd'hui.
Vu ce soir Eastern Drifter (Indigène d'Eurasie) de Sharunas Bartas, après avoir subi l'indigeste Des hommes et des dieux la semaine dernière. Le pensum œ-cul-bénique était projeté dans un ciné d'art et d'essai magnifique de la galerie de la Reine, entre librairies d'art, bars à champagne, chocolatiers et boutiques de luxe ; le lituanien, dans un ciné tout aussi d'art et d'essai mais plus d'essai que d'art, dans un lieu industriel récupéré pourrave anarcho-altermondialiste assez sublime, à deux pas du premier. Bruxelles, sur laquelle il faudra bien que je me fende de quelques lignes un de ces quatre pour faire partager mes plus tout à fait premières impressions à mes chers et rares lecteurs, a entre autres le mérite de la mixité sociale, architecturale et culturelle. Et à propos du ciné anarchisant: il semblerait, à la lumière de quelques détails convergents, que les gauchos locaux un peu dégourdis se soient vu octroyer des postes dans la culture (centres culturels communaux etc), ce qui était une manière de flatter leur égo et par là-même de désamorcer la contestation. Ils peuvent continuer de pérorer sur l'état du monde dans le programme mensuel de leurs lieux subventionnés, et pendant qu'ils pissent de la copie altermachinchose en quadrichromie, au moins ils ne font pas la révolution ni ne changent le monde sur quelque autre mode réel que ce soit, fût-il réformiste (je rejoins la critique qu'adressait Genet aux godelureaux qui avaient investi le théâtre de l'Odéon en mai 68). D'ailleurs, est-ce si différent de la France ? Sauf que nos élites culturelles à nous sont plus âgées : ce sont majoritairement des 68ards confits dans leur bonne conscience de bourgeois ex-gauchistes, bardés de mépris pour les vieux qui les ont précédés, les jeunes qui les ont suivis, bref, pour tout ce qui n'est pas eux. N'insistons pas sur un de mes lieux communs favoris, thème et variations.
Pour revenir au Xavier Beauvois : le pb, c'est que malgré les jolis paysages censément de l'Atlas algérien (filmés en réalité au Maroc mais ne chipotons pas, il doit être délicat d'obtenir des autorisations pour filmer un film où l'on parle du GIA), le casting en béton (et encore, Lambert wilsonne et cabotine comme à l'accoutumée, et même le géant Lonsdale, quoique assez génial, n'est pas exempt de reproches) et malgré ou à cause de la tonne de bonnes intentions qui président au propos, ce n'est pas du cinéma. Aucun sens du rythme ou de la narration (on imagine la monteuse s'arrachant les cheveux sur les rushes), si bien qu'on aboutit à un objet sympathique comme une pub pour Nouvelles Frontières, d'où le critique de Télérama aura très certainement extrait quelques pépites d'humanisme et des éclairs de transcendance. Tout cela est bel et bon mais ne fait pas un film.
Le Bartas, en revanche, est un véritable objet filmique, par ailleurs très sombre dans l'image et le propos : en gros, life is a bitch, surtout si on a eu la déveine de naître à l'est du rideau de fer et qu'on se retrouve faire la navette entre Occident et pays ex-communistes pour trafic de drogue et qu'on sort avec plein de filles dont certaines, à peine pubères, vivent de leurs charmes. Ici, aucune rédemption (on pense à Un prophète d'Audiard), mais une tension et une intelligence narratives reposantes après les niaiseries susmentionnées. Certes, ça se gâte un peu vers la fin : un couac de montage alterné (on oublie l'un des personnages principaux pendant 20 bonnes minutes) et des prolepses narratives pas très justifiées, comme s'il avait fallu tailler dans les rushes pour faire coûte que coûte rentrer le monstre dans moins de 2h. Cela dit, on en sort avec l'impression d'avoir vu du vrai cinéma. En plus il y a de l'action, du sexe, des flingues et des petites pépées. Que demande le peuple ? Quant à Bartas qui, non content d'avoir réalisé le film, joue le rôle principal et est directeur de la photo (il dort quand ?), il a une présence d'androgyne hanté qui rappelle Bowie dans ses plus grandes heures extraterrestres.
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