Entendu du coin de l'oreille un de nos édiles dénoncer une situation de guerre civile dans un pays étranger, avec milliers d'assassinats et "femmes violées devant leurs maris et leurs enfants". Certes, la violence subie et l'humiliation sont indéniablement pires pour la victime, mais j'ai du mal à ne pas entendre, à travers ces propos publics d'un haut responsable, qu'à ses yeux les vraies victimes, au fond, ce sont les maris et les enfants. Ce qui n'est sans doute pas faux du point de vue des agresseurs (le viol, surtout dans des cultures machistes, c'est-à-dire l'immense majorité des cultures, étant pensé avant tout comme une violence entre hommes, exercée par des hommes sur la propriété d'autres hommes, et c'est bien à ce titre souvent qu'elle est dénoncée et condamnée -- et qu'accessoirement la victime est ensuite victime d'un "crime d'honneur" perpétré par sa propre famille soucieuse de laver l'honneur des mâles). A travers ces propos publics anodins, voire apparemment empreints de sollicitude, la victime se retrouve gommées, mise entre parenthèses, car la dénonciation adopte secrètement le point de vue des agresseurs et s'en fait le complice, niant en cinq mots de trop sa dignité individuelle.
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