jeudi 29 juillet 2010

ABASOURDIS PAR TANT D'HORREUR

Une radio bruxelloise diffuse, sans doute non sans délices (pour une fois que les Belges ont quelque chose à mettre dans la balance avec l'affaire Dutroux), un fait divers survenu dans le Nord de la France : huit nouveaux-nés dont les corps ont été retrouvés par le propriétaire suivant de la maison qui retournait innocemment son jardin. L'enquête indique que tous ont été étouffés par la mère à la naissance. Les voisins, interviewés, sont "abasourdis par tant d'horreur" : « C'étaient des gens irréprochables, toujours serviables ». Comme si cela avait quoi que ce soit à voir avec l'infanticide. On peut très bien vivre des grossesses non désirées et prendre de ce fait des mesures que la loi condamne voire la morale réprouve, tout en étant voisin dévoué et bon citoyen.

Quant à l'horreur sur commande, tout le monde semble avoir oublié que l'infanticide était (et est encore, de par le monde) pratique courante pour limiter le nombre de bouches à nourrir. Mais les individus et les sociétés sont d'autant plus prompts à l'indignation qu'ils se drapent dans leur vertu toute neuve.

Peut-être, dans un avenir pas si lointain, le végétarisme étant devenu la norme, pointera-t-on du doigt avec horreur les carnivores parmi nous, et on se sera empressé d'oublier que la pratique avait longtemps été parfaitement admissible. Par ailleurs, le repreneur de la maison et découvreur des restes qui retournait innocemment ses plates-bandes avait sans doute posé des pièges à taupe. Peut-être cela aussi paraîtra-t-il un jour d'une intolérable barbarie aux générations futures.

Sans faire l'apologie de l'infanticide (ou de l'alimentation carnée ou des piégeurs de taupes), un peu d'humilité et de relativité dans nos jugements moraux à l'emporte-pièce.

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