vendredi 30 novembre 2018

PETITS ÉGOÏSMES ET GROS BLAIREAUX

Je ne rentrerai pas dans le détail du mouvement des gilets jaunes sur lequel je n'ai pas d'avis tranché (comment porter un jugement sur un phénomène aussi multiple), mais j'ai été frappé par ces bribes d'interview citées sur le site du Monde le 24 novembre à 11h22.

(https://www.lemonde.fr/societe/live/2018/11/24/en-direct-suivez-la-nouvelle-journee-de-mobilisation-des-gilets-jaunes_5387970_3224.html).

Les propos cités sont tellement énormes que l'on peut se demander s'ils ont été rapportés fidèlement. Je cite :


Notre journaliste Luc Leroux suit la mobilisation à Marseille. Il a rencontré, Lionel, 48 ans. […] Lionel s’est décidé hier soir à rejoindre les gilets jaunes en avouant qu’il n’a "pas trop le profil". Il a voté Emmanuel Macron aux deux tours de la présidentielle, croyant qu’il "allait libérer l’économie, redonner un élan au pays". Il dénonce son arrogance et déplore "une perte de libertés : je ne suis plus libre chez moi en France. On est stressé par les radars, par les contrôles. On ne peut plus fumer. Si on boit un verre, on redoute de prendre la voiture."


Si l'on reprend la fin de la citation point par point, quelqu'un qui tiendrait un tel discours revendiquerait en substance les libertés suivantes :

– ne pas être flashé par les radars, donc avoir la liberté d'être en excès de vitesse au volant et de mettre en danger la sécurité d'autrui.

– fumer (en tant qu'ancien gros fumeur, je me garderai de jeter la pierre) ; mais le fait est, pour autant que je sache, qu'on a toujours le droit de fumer en France tant que cela n'est pas dans certains lieux publics définis par la loi ; d'où l'on peut lire en filigrane que ce contre quoi Lionel s'insurgerait, ce serait précisément l'interdiction de fumer dans les lieux publics (la loi Evin) – donc ce qu'il revendiquerait, c'est le droit de fumer dans les lieux publics, donc le droit d'enfumer les autres, donc de mettre en danger leur bien-être et leur santé (je parle d'expérience, un membre de ma famille ayant subi une amputation des deux jambes vraisemblablement liée au tabagisme passif, son conjoint étant lui-même décédé d'un cancer du poumon à un âge relativement précoce).

– boire avant de prendre le volant : là encore, liberté de mettre en danger la sécurité d'autrui.

Si ces propos sont véridiques (au-delà de l'anecdote et du mouvement des gilets jaunes, je suis sûr que nombre de personnes tiennent, ou du moins cautionnent, de tels raisonnements), il y a de quoi désespérer sinon de l'espèce humaine, du moins de certains de nos concitoyens.

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