samedi 23 janvier 2010

R.I.P.

Ma mère m'apprend la mort de mon premier voisin de palier, un homme de leur génération. C'était sans doute un repère masculin / paternel important dans ma petite enfance. Lui et sa femme n'avaient pas d'enfants à l 'époque, je passais tout le temps chez eux et ils en étaient ravis. Elle a toujours été un peu fofolle, lui était très gentil, je crois qu'il m'adorait, en tout cas il me donnait une tendresse que je n'ai jamais connue avec mon père. Je me revois sur ses genoux, il fumait des brunes et avait un de ces cendriers sur pied années 50-60, en métal noir, avec une plaque argentée circulaire qui s'abaissait en tourbillonnant quand on appuyait sur le bouton central, j'adorais jouer avec malgré l'odeur de cendre froide qui m'a toujours retourné l'estomac. Je me souviens encore du bruit que faisait ce clapet en se refermant.


Comme ils avaient davantage de revenus que mes parents fonctionnaires (lui était artisan, forgeron comme mon grand-père maternel) leur intérieur était plus à la mode que le nôtre. Ils avaient notamment, dès le milieu des années 60, une lampe à lave psychédélique qui me fascinait.


Des années après notre déménagement, ils ont enfin conçu un fils, auquel ils ont donné le même prénom que moi, ce qui m'avait paru étrange. Du moins, lourd à porter, car il était implicitement tenu de correspondre à ce qu'ils avaient imaginé qu'ils auraient vécu avec moi si j'avais été leur enfant et non celui de mes parents — cela dit, mon prénom composé comprend une partie du prénom de cet homme : il était également  tenu de reprendre le flambeau de son père. Ce fiston, que j'ai un peu connu (il a fait le conservatoire en piano tout en jouant de la guitare dans un petit groupe de hard rock dont il m'avait offert le CD après que je l'ai aidé à corriger l'anglais des paroles de leurs chansons), était évidemment l'objet de toute l'attention de ses parents et n'a pas tardé à se révolter contre eux.


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