mercredi 31 octobre 2012

SUBBOTNIK


Un ami et néanmoins lecteur du présent blogue, C20, me signale le blog ZeroGSounds. On y trouve notamment une foultitude de vieux disques du viril ténor de DDR  (au double sens de thuriféraire du régime) Ernst Busch, dont j'avais entendu il y a une trentaine d'années une chanson magnifique de Hanns Eisler sur une compilation sur cassette. Ce n'est que quelques années plus tard, en lisant un article de The Wire qui lui était consacré, que j'ai fait le lien. Après avoir cherché pendant des années le vinyle en question, j'ai fini par tomber dessus à Londres, d'occasion, en pas très bon état mais à prix d'or et importé de DDR, ceci pouvant expliquer cela. 

Le voici sur le blog susdit ou une variante du même :



Ladite chanson, Subbotnik, est incontestable, pourtant je l'avais confondue avec la toute première du vinyle, Solidaritätslied, également très belle. Amalgame de la mémoire : le Solidaritätslied, j'avais l'habitude de l'entendre à Londres en concert au milieu des années 80, chanté en anglais par une fanfare lénino-maoïsante que j'adorais et que je suivais dans les pubs où elle sévissait, The Happy End, menée par Matt Fox, un marxiste option Groucho pour qui je n'aurais pas dormi dans la baignoire ; il a ensuite joué du dulcimer dans un groupe folk anglais, The Barely Works et anime désormais des ateliers de musique dans les écoles autour de Londres. Si par quelque hasard digne de la série des Alice, l'un de mes lecteurs le connaissait,  dites-lui bien des choses de la part d'un ancien fan.

Autre fanfare bolchevique géniale de la fin des années 70, à Montpellier, La Fanfare Bolchevique (ça a le mérite d'annoncer la couleur), sous la houlette de Claude et Michel  Marre, fanfare qui fit une magistrale et dansante reprise en biguine de l'Internationale (et ça marche du feu de dieu). La Fanfare était issue de l'Intercommunal Free Music Orchestra de François Tusques du début des années 70, s'est ensuite transformée en Cossí Anatz, extraordinaire  groupe d'ethno-jazz du tout début des années 80, auteurs d'un vinyle mythique et entendus sur scène une nuit d'été dans un hôpital psychiatrique de Lozère, un des concerts les plus inoubliables auxquels j'aie jamais assisté.

Voici un des plus beaux morceaux de Cossí Anatz, la Bourrée du Ceor.


Sur la même compil que Subbotnik (des compil sur cassette des 80s sorties à Londres par  Touchun label ultra underground touch(e) à tout : rock industriel, musique trad africaine, gamelan indonésien, spoken word, musique de film égyptienne, le tout dans des emballages sérigraphiés sublimes conçus par Neville Brody ou Panni Charington) figurait un extrait d'un trio de Chostakovitch et un morceau hyper rare de New Order. Je collectionnais les premières cassettes de ce label, objets artisanaux à la fois frustres et sophistiqués que je trouvais dans un magasin de disques microscopique de South Kensington tenu par un couple de vieux messieurs affables.

Dans ce magasin, j'ai notamment dégotté une pressage original anglais de Pet Sounds des Beach Boys, la classe qui tue. A l'époque (tout débuts du CD) on trouvait des vinyles extraordinaires pour pas un rond, les gens modernes étant convaincus que le support était appelé à disparaître. J'ai trouvé de la sorte des originaux de Sinatra sur Capitol (fin années 50), en excellent état, pour des clopinettes, et pour l'équivalent de 5 EUR un original du premier Velvet (la banane qui se pèle, sans l'autocollant), je ne sais plus où, pas en très bon état mais cela suffit à ravir le Velvetomane dévot que je fus pendant la majeure partie des années 80.

Autre univers magnifique découvert vers la même époque et dans le mêmes magasin : la musique des Wagogo de Tanzanie, notamment le groupe de Hukwe Zawose. Bien des années plus tard, je les ai entendus à Paris à la Maison des Cultures du Monde, avec un ami disparu depuis — nous apportons notre goutte de pluie à l'averse d'applaudissements qui conclut le CD du concert. Zawose lui-même n'est plus depuis longtemps mais l'aventure musicale de sa famille se poursuit.

1 commentaire:

xophe70 a dit…

Je crois que la beauté de ces chansons tient aussi en grande partie au talent mélodique de Hanns Eisler, qui était le compositeur de l'hymne officiel de la DDR. Une vraie découverte pour moi au travers de ce blog.

Je recommande vivement ce travail moderne autour de son oeuvre (chez ECM, excusez du peu…)
http://zerogsound.wordpress.com/2012/01/22/heiner-goebbels-ensemble-modern-josef-bierbichler-eislermaterial/

et ses enregistrements anciens:
http://zerogsound.wordpress.com/2008/08/03/hanns-eisler-historic-recordings/

où l'on retrouve des versions de 1931 des 4 Wiegenlieder repris dans le premier travail que j'ai signalé.