Ce soir, entendu Carlos Liscano dans une petite librairie latino-américaine qui vient d'ouvrir à deux pas d'ici. Il y faisait une escale comme il est de passage à Paris pour le Salon du Livre. Public majoritairement composé de retraités intellos, assis sur des tabourets inconfortables pour écouter les propos fins et narquois de cet homme qui a beaucoup vécu (prison, torture, exil, vice-ministre de la culture, futur directeur de la bibliothèque nationale d'Uruguay) face aux questions fort maladroites du libraire qui cherchait à nourrir la conversation. Pendant le pot qui a suivi, échangé quelques mots avec Pablo Cueco et Mirtha Pozzi, qui ont émaillé la soirée de leurs interventions musicales aux percussions.
Levé ce matin avec un sentiment de désespoir vertigineux. Pas déprimé, juste très lucide face à ma solitude. Heureusement, étaient programmées une journée de travail et cette rencontre littéraire, mais le même sentiment exactement, avec la fatigue en plus, était au rendez-vous au retour du boulot et il a fallu me botter le cul pour ressortir écouter l'écrivain.
Jouent des facteurs certes contingents, mais aussi structurels – j'ai passé mon enfance et mon adolescence seul, mais je n'ai pas le souvenir d'en avoir souffert. Certes, j'habitais encore en famille, mais surtout je n'avais pas la même conscience aiguë de la solitude qu'aujourd'hui, peut-être pour avoir, depuis lors, partagé quelques années de vie commune avec l'un ou l'autre. Pourtant, j'ai vécu longtemps seul et célibataire à l'âge adulte mais c'est depuis peu que je suis confronté de manière aussi abrupte à l'évidence viscérale de la solitude, qu'entament à peine les moments passés avec la famille ou les amis.
Ce qui transcende cette solitude : arts plastiques, écriture, musique… Lorsqu'ils sont pratiqués avec authenticité et une forme d'innocence, autant de brèches dans la muraille du solipsisme, qui ouvrent une communication supérieure, quoique médiate et impersonnelle, avec autrui.
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