Un collègue me parlait récemment de l'homophobie supposée de deux collègues hétéros.
Il se trouve que l'un des deux la ramène systématiquement sur les nanas (des fois qu'on aurait des doutes sur ses préférences ? et peut-être ne fait-il cela qu'avec des collègues homos ? je n'ai jamais trouvé cela particulièrement homophobe ni hétérosexiste chez lui, c'est tout au plus lourd pour ne pas dire gros beauf, ce qui est avant tout ridicule chez quelqu'un qui par ailleurs se pique d'être fin).
L'autre se serait permis à je ne sais quelle occasion une boutade sur le mariage homosexuel dont je n'ai pas saisi la teneur mais qui, à travers la version embrouillée rapportée par le collègue commun susmentionné, semblait assez innocente. Je me suis dit in petto que si le collègue incriminé s'était permis une remarque déplacée devant moi, je me serais tout simplement fait un plaisir de faire une analogie avec les juifs, sachant que sa famille a dû fuir l'Autriche au moment de l'Anschluss.
Au-delà de la double anecdote, ce qui me gène dans la réaction épidermique du collègue qui me rapportait ce qu'il interprète comme des dérapages, c'est le politiquement correct à deux balles et l'indignation sélective qui la sous-tendent. Je suis loin d'être sûr, pour le peu que je le connais, qu'il serait monté au créneau de la même manière face à des propos racistes, sexistes ou antisémites.
Plus généralement, je ne supporte pas ces réactions de chien de garde anti-homophobie chez des hommes blancs occidentaux de la classe moyenne supérieure, car je vois trop ce qu'i y a en filigrane : la nostalgie des privilèges sociaux dont ils sont spoliés par leur préférence sexuelle. N'était ce détail, ils appartiendraient à la classe dominante et l'idée ne leur viendrait sans doute même pas de critiquer la manière dont sont agencés notre société et les jeux de pouvoir qui la tissent, où l'homophobie et l'hétérosexisme ne sont que deux formes de discrimination et d'oppression contre lesquelles il convient certes de lutter, mais parmi beaucoup d'autres.
Désolé d'enfoncer de telles portes ouvertes pour les trois lecteurs et lectrices de ce blog.
Rendez-vous dans les urnes, mes lapins !
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