Pendant que d'autres plus au sud et à l'est se bougent et/ou se font remettre au pas d'une main de fer sans gant de velours, je suis sorti ce w/e, histoire de me frotter un peu à mes congénères et vérifier que ma misanthropie était intacte.
Découvert entre autres un haut lieu local de la musique oundergrounde, les Ateliers Claus (référence super fine à "maison close" ?). J'y étais comme un anthropologue chez les Bororos - je fréquente depuis trop longtemps ces tribus, un peu partout sur la planète, pour ne pas être blasé. C'est fou ce que les milieux arty bohème se ressemblent d'un pays à l'autre voire d'un continent à l'autre, c'est encore pire que la standardisation chez McDo, à laquelle au moins on s'attend. On avait droit au mélange classique de grands dadais étudiants aux beaux-arts à barbe éparse et à dreadlocks blondasses, de filles qui ont laissé leur féminité au vestiaire ou au contraire se la jouent poupée gonflable, de punks vieillissants et de quelques vieux babacools conservés qui dans l'héro, qui dans la naphtaline. Tout ce petit monde affichant une profonde et décontractée coolitude, c'est à dire la pointe d'ironie détaché vis-à-vis de tout qui te classe tout de suite dans le rayon des êtres supérieurs qui ont tout compris à la vie contrairement à Mme Michu. Vu les looks interchangeables et le conformisme dans l'anticonformisme, ainsi que les conversations croisées et multiples (tout le monde semblant connaître tout le monde dans ce microcosme, ils doivent tous être amis sur facebook), on subodore une consanguinité de mauvais augure pour les générations à venir.
La musique était tout aussi prévisible dans le décalage : mélange de rock progressif et de postpunk qui traîne un peu partout depuis la fin des années 70, mais n'est pas Etron Fou Leloublan , Chrome ou This Heat qui veut. Le premier morceau m'a ravi (ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu de guitare électrique en concert, le premier choc physique est toujours enthousiasmant, c'est à ce genre de détail qu'on confirme qu'on est un vieux tox) puis au 2ème j'ai vu les ficelles, et le concert s'est déroulé tel une autoroute prévisible : mélodies anguleuses étudiées, changements de mesure, rythmes impairs, fausses dissonances, toute une bimbeloterie pseudo-avant-gardiste qui continue de faire des ravages sur les esprits impressionnables. Il y aurait également des thèses à écrire sur le fofree (faux free jazz), de même que Lacan parlait de fofreudisme. Ça en a la couleur, le parfum et même le goût, mais ça reste un ersatz.
Aujourd'hui, lors d'un débat après un beau film sur la mémoire de la guerre d'Espagne (toute la polémique autour de l'exhumation des charniers franquistes), un spectateur imbu de lui-même prend longuement la parole le premier (et le dernier, histoire d'avoir non seulement le premier mais aussi le dernier mot, et de bien encadrer tout le débat) pour ne rien dire si ce n'est se faire mousser. Ce mauvais plaisant hispano-belge, macho proche de la Izquierda Unida (lire : PC espagnol), a l'effronterie, à la fin du débat, de couper la parole au représentant en Belgique du PSOE, qui avait l'honnêteté intellectuelle de reconnaître à Fraga (ex-ministre de Franco) le mérite de s'être progressivement rapproché du centre, alors qu'en vieillissant tant de gens virent à droite. Le macho est monté sur ses grands chevaux et a demandé, l'air très satisfait de sa petite personne, si on allait ensuite prononcer l'éloge de Pinochet. L'hostilité viscérale que j'ai ressentie à l'égard de ce con m'a étonné moi-même, il m'a fallu tout mon sang-froid pour me retenir de lui dire qu'on n'avait pas de leçons de political correctness à recevoir d'un stalinien héritier de ceux qui avaient envoyé sciemment à la mort des centaines voire des milliers de trostkystes et d'anars.
Heureusement lors du débat, la voix du bon sens et de la sensibilité, notamment celle d'une femme dont les parents furent exilés du franquisme, s'élevait par intermittences dans ce monde de brutes. Tout ne serait ainsi peut-être pas encore tout à fait perdu ?
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