vendredi 26 septembre 2008

L'HABIT NE FAIT PAS LE BOURGE

Hier, à la sortie du métro, des militants communistes tractent pour une manif contre la vie chère. Ils me jettent à peine un coup d'œil et jugent expéditivement que ça ne vaut pas la peine de gaspiller les rares finances du parti en me donnant un exemplaire du tract — je suis en costard-cravate, donc a priori ennemi de classe. Je reviens sur mes pas et leur en demande un. Je suis trop fatigué pour déchiffrer si le regard de la militante qui me cède son tract à regret trahit de l'étonnement ou le sentiment d'un irrémédiable gâchis de papier. Je songe une seconde à faire une remarque spirituelle sur les apparences parfois trompeuses, mais me ravise — trop fatigué, après une journée de dur labeur, pour entrer dans ce genre de discussion avec des inconnus — histoire de lui rappeler utilement qu'on peut être travailleur, voire travailleur exploité même si ce n'était pas nécessairement le cas ce jour-là, sans être pour autant en bleu de chauffe. Les clichés ont la vie dure, et nous vivons sur des représentations surannées héritées du XIXème siècles (les bourgeois en haut-de-forme et les prolos en salopette) alors que dans nos économies post-industrielles post-modernes, le ou la prolo de base est en costard ou en tailleur et passe ses journées à se casser le dos et à se tuer les yeux devant un écran d'ordinateur, sous les ordres d'un petit chefaillon qui veille à la productivité avec à peine moins de sadisme, voire parfois davantage, que les contremaîtres des usines d'antan.

1 commentaire:

Noboru Wataya a dit…

bien dit tavaritch, le prolétaire du nouvel ordre peut porter le col blanc - comme le sieur mézigue ce jourd'hui.