jeudi 17 juin 2010

LA MATURATION REND MUTIQUE

Pas tant l'innocence ou la capacité d'enthousiasme qui se sont perdues avec l'âge que le besoin de faire partager mes enthousiasmes à mon entourage. Mes bonheurs du jour ou de la semaine, je préfère les partager avec moi-même que risquer de me heurter à de l'incompréhension ou pire, une réserve polie.

Tous ne sont pas également touchés par ce symptôme du vieillissement : ainsi ce soir, lors d'un dîner en ville, un ami d'ami, un poil plus âgé que moi, pourtant pas hystérique à première vue, verbalisait longuement ses éblouissements artistiques. Je serais bien incapable d'en faire autant devant des inconnus : j'aurais l'impression d'énumérer ou de décrire devant eux mes énamorations ou mes orgasmes, ce qui présenterait un intérêt restreint pour mes proches, a fortiori pour des tiers.

A ce propos : ce n'est pas tant du sexe que je suis handicapé ou que je souffre (lorsque cela se produit, tous les 36 du mois certes, c'est toujours, pour peu que l'autre ne soit pas trop empoté et y mette un peu du sien, un grand bonheur) que du désir. Rares sont ceux qui passent les fourches caudines du désir instinctif, de la sympathie et de l'estime. Reste une grande solitude et la hantise de parler dans le désert, de n'être pas entendu. Autant vaut se taire.

Scène revue : longues errances solitaires à pied dans Buenos Aires il y a un an et demi dans la chaleur moite, à longer des parcs, le sac à dos qui tire, toujours trop chargé (agenda, appareil photo, blouson roulé en boule, lunettes de soleil, un livre ou deux, un carnet, quelques achats…), les manzanas (pâtés de maisons) interminables, new yorkaises presque, de Recoleta voire Palermo, gardées par des vigiles guère menaçants mais armés. Avec, au bout de la marche en sueur, la perspective de retrouver l'appartement, la douche fraîche, la solitude et le silence accueillants.

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