mercredi 9 juin 2010

RÉFLEXIVITÉS

Oh God, comma, I am so tired of self-consciousness.

attribué à John Barth

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En quoi un blog se distingue-t-il d'un écrit intime ? Le simple fait que le blog soit un écrit ouvert à tous d'une part, le fait de connaître un tant soit peu l'identité de ses rares lecteurs d'autre part, infléchissent l'écriture. Chaque fois que l'URL est communiqué à un nouveau destinataire, les questions abondent : Ai-je bien fait ? Est-ce indiscret ? Quelle est ma motivation profonde ? Est-ce pour donner une bonne image de moi (ce qui vaut également pour le présent billet) ? Et ou est la limite entre authenticité et manipulation ?

Inversement, de savoir qu'il y a des lecteurs, notamment parmi les proches, certains propos pourront être censurés ou atténués. L'évocation de certains personnes précises devra emprunter un détour général afin d'éviter blessures narcissiques, brouilles tenaces et autres procès en diffamation. S'il est toujours délicat d'évoquer sa famille (encore qu'il soit à peu près assuré qu'elle ne tombera jamais sur lesdits écrits litigieux), il l'est plus encore de parler d'amis ou d'amants. Si la relation est morte et enterrée, il peut y éventuellement y avoir prescription. Mais évoquer les proches actuels serait une faute de goût. Telle ou telle anecdote peut mériter d'être rapportée mais encore faut-il que ce soit sous couvert de l'anonymat voire en déguisant l'identité des protagonistes par quelques pieux mensonges (c'est peut-être là que commence l'auto-fiction) et sous réserve que l'anecdote ait la moindre valeur d'exemple. Bref, nombreux sont les écueils.

Reste cet exercice paradoxal, à la fois ouvert et contraint, dénudé et impersonnel, où peut s'exercer une forme de liberté infinie.

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